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Ma boussole intérieure

Du contrôle à l’émergence

Et si, pour une fois, tout se passait bien ?

23 septembre 2026

Du contrôle à l’émergence — carte personnelle en quatre parties
© Corinne Dumont 2026 — Du contrôle à l’émergence

Je me suis livrée récemment à un petit exercice de cartographie personnelle.

Le point de départ n’était d’ailleurs pas le mien. Une personne de mon entourage, Neele, avec qui je partage l’expérience TAU, avait réalisé une très jolie cartographie autour de sa communication : « Mieux me rencontrer pour mieux me relier. »

Sa démarche m’a inspirée. Non pas pour reprendre sa carte — elle lui appartient — mais pour utiliser le même principe : partir de situations très concrètes, regarder ce qui m’active ou me met légèrement en inconfort, et voir si un fil apparaît.

J’ai utilisé pour cela deux grilles de lecture que je connais et qui m’intéressent : le Human Design et les Gene Keys. Je ne les considère pas comme des vérités auxquelles il faudrait se conformer, mais comme des miroirs possibles. On regarde. On garde ce qui résonne. On laisse le reste.

Et un thème est apparu assez clairement : du contrôle à l’émergence.

Faire ma part sans écrire toute la suite

J’ai longtemps été très douée pour anticiper. Voir vite. Relier vite. Imaginer ce qu’une idée pourrait devenir. Être parfois, comme on me l’a déjà reproché en leadership, 300 kilomètres devant les autres.

Cela a été une force formidable dans ma vie d’entrepreneure. Mais une force utilisée automatiquement peut aussi devenir un piège.

Une idée apparaît et, presque immédiatement, je peux en voir les dix étapes suivantes. Et alors deux réactions opposées deviennent possibles : je prends tout en charge, ou j’abandonne avant même d’avoir commencé — « ça va encore être tellement lourd. »

Dans les deux cas, je ferme moi-même le cercle.

Ne pas déterrer la graine pour vérifier si elle pousse

L’image qui me vient est celle d’une graine. Je peux la planter, l’arroser, prendre soin des conditions dans lesquelles elle pourra pousser.

Mais si je la déterre chaque matin pour vérifier si elle a germé, je risque précisément d’empêcher ce que j’essaie de faire advenir.

Créer les conditions n’est pas produire le résultat. Le non-contrôle n’est donc pas « ne rien faire ». C’est faire très précisément ce qui m’appartient maintenant, puis savoir m’arrêter.

J’en ai récemment fait l’expérience dans une démarche administrative fastidieuse. Au lieu d’abandonner, j’ai découpé le processus en étapes — une démarche, une réponse, une nouvelle information, l’étape suivante. J’ai fait ma part suffisamment longtemps pour permettre au réel de me répondre, sans embarquer mon associée dans chaque étape intermédiaire.

Une décision lui appartient désormais. Je peux la lui présenter et lui rendre sa part de responsabilité.

Ni tout porter. Ni tout abandonner.

Occuper ma juste place

Il y avait derrière tout cela une vieille croyance entrepreneuriale : « une idée sans exécution n’a pas de valeur. »

Une idée me venait, elle était bonne, donc il fallait la réaliser — et puisqu’elle m’était venue à moi, qui devait s’en charger ? Moi, par défaut.

Aujourd’hui, je vois les choses autrement. Une idée peut être bonne sans que je sois celle qui doit l’implémenter. Elle peut être déposée, partagée, transmise, reprise par quelqu’un d’autre — ou ne rien devenir du tout. Cela ne retire rien à ce qu’elle m’a apporté.

La même chose vaut pour les compétences. Parce que je sais faire quelque chose, je ne suis pas obligée de le faire.

La compétence ne crée pas l’obligation.

Cette question de la place traverse une grande partie de ma vie. Je vois vite, je relie vite, j’ai beaucoup d’imaginaire — et quand je suis enthousiaste, les idées arrivent encore plus vite.

Ce n’est pas nécessairement une volonté de convaincre. C’est souvent simplement de l’enthousiasme. Mais même un enthousiasme sincère peut remplir tout l’espace.

Si je dépose immédiatement tout ce que je vois, tout ce que je relie, tout ce que j’imagine, l’autre ne peut peut-être plus apporter ce que je n’avais pas vu.

Et à l’inverse, si je considère que l’autre sait mieux, qu’il est plus légitime ou plus expert, je peux lui abandonner une place qui m’appartient.

Dans les deux cas, quelque chose se déséquilibre.

Mon apprentissage n’est donc ni de prendre davantage de place, ni d’en prendre moins.

Il est plus subtil :

occuper ma juste place sans occuper tout l’espace.

Dire ce que j’ai à dire. Puis respirer.

Laisser une feuille blanche. Laisser une réponse arriver. Laisser entrer ce que je ne sais pas.

Ne pas faire les questions et les réponses

Une autre façon de contrôler consiste à répondre soi-même aux questions que le réel n’a pas encore tranchées.

Ils sont sûrement trop occupés. Mon idée n’est pas assez aboutie. Cela ne les intéressera probablement pas.

C’est particulièrement facile face à quelqu’un que je considère comme expert. Je peux très vite le placer en position de surplomb : il sait, moi pas.

Mais sortir de cette position ne consiste évidemment pas à inverser les rôles et à me mettre, moi, en surplomb.

Il n’est pas au-dessus de moi. Je ne suis pas au-dessus de lui. Nous n’avons simplement pas la même connaissance du même territoire.

Le médecin connaît la médecine ; je connais mon corps.

Les scénaristes et réalisateurs connaissent le cinéma ; je connais ma matière source et ce qui m’anime.

L’enjeu n’est donc pas de déterminer qui sait mieux, mais de permettre à ces savoirs différents de se rencontrer.

Je n’ai pas besoin d’arriver avec un dossier parfaitement ficelé et la moitié de la réponse. Je peux aussi rencontrer. Montrer. Demander :

« Qu’est-ce que vous voyez, vous, là-dedans ? »

Et écouter.

Sans pour autant effacer ce que, moi, je vois.

Une chaise vide pour l’inconnu

C’est peut-être l’image que je préfère dans cette carte.

Une chaise vide.

Pas parce que personne n’est venu — une chaise laissée volontairement libre.

Pour l’autre.

Pour le réel.

Pour l’inconnu.

Je n’ai pas besoin de savoir à l’avance qui va s’y asseoir.

Et si, pour une fois, tout se passait bien ?

Pas nécessairement comme je l’avais imaginé. Pas parce que j’aurais enfin réussi à tout prévoir.

Peut-être même exactement l’inverse : parce que j’aurais laissé suffisamment d’espace pour qu’advienne quelque chose que je n’aurais jamais pu prévoir.

Et parfois, l’obstacle, ce n’est pas le réel. C’est moi — une accumulation d’habitudes.

Faire ma part. Et laisser la chaise vide.