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Ce que les actes révèlent

ACTION · CONSCIENCE · CONFIANCE

Ce que les actes révèlent

13 octobre 2026

Pour moi, pendant longtemps, « avancer » signifiait sprinter vers un but clair, en faisant les enjambées les plus grandes possibles.

Pour moi, pendant longtemps, « avancer » signifiait sprinter vers un but clair, en faisant les enjambées les plus grandes possibles.

Choisir un cap signifiait décider vite, trancher, passer à l'action, pourvu que je n'aie pas l'impression de faire du surplace ou de tourner en rond. Aller de l'avant, sans trop me retourner. Parfois même, avancer pour avancer.

J'avais aussi une certaine satisfaction à résoudre les problèmes les uns après les autres. Il m'arrivait même de chercher des solutions avant que les problèmes aient eu le temps de se révéler entièrement.

Mais derrière cette énergie, il y avait souvent autre chose.

J'ai beaucoup douté de moi. Et certaines décisions que je prenais avec une apparente détermination étaient en réalité accompagnées de peur. Je fonçais, je tranchais, je réglais. Parfois depuis un endroit qui n'était pas tranquille en moi, précisément pour échapper à ce qui m'inquiétait.

La peur devenait alors le moteur inconscient de l'action.

Pas toujours, bien sûr. J'ai aussi pris de nombreuses décisions en suivant mon flair, mon intuition, parfois malgré la peur. Et la sensation était différente. Je pouvais éprouver de l'appréhension sans pour autant me sentir poussée par elle.

Aujourd'hui, j'expérimente autre chose.

Une succession de petits actes conscients, cohérents avec une intention intérieure claire, qui s'ajustent au fur et à mesure que le réel répond.

Je n'ai plus besoin de connaître tout le chemin à l'avance. Je pose un acte, j'observe ce qui se passe, ce que cela provoque en moi, ce que la situation révèle. Puis j'ajuste le suivant.

Et je remarque quelque chose d'assez étonnant.

Beaucoup de problèmes que j'aurais autrefois anticipés ne se matérialisent tout simplement pas. Certains semblent même se dissoudre d'eux-mêmes lorsque je cesse de vouloir intervenir préventivement.

Les difficultés ne disparaissent pas par magie. Et j'anticipe encore, lorsque c'est nécessaire.

Je découvre qu'il existe une différence considérable entre répondre à une situation réelle et tenter de résoudre à l'avance toutes celles que mon esprit imagine.

Car notre mental est aussi une loyale base de données. Il conserve des expériences, des émotions, des associations, des souvenirs, parfois remaniés après coup pour mieux coller à l'histoire que nous nous racontons. Il tente de reconnaître ce qu'il connaît déjà, de prévoir ce qui pourrait arriver et de nous protéger.

C'est une faculté précieuse.

Mais parfois, nous nous identifions tellement à ces expériences accumulées que nous abordons une situation nouvelle comme si elle devait nécessairement reproduire une ancienne.

Nous ne répondons plus seulement à ce qui est devant nous. Nous répondons aussi à ce que nous craignons de revivre.

Je m'aperçois que lorsque je pars de ce que j'ai profondément envie de voir se manifester dans ma vie, plutôt que de chercher à conjurer une peur projetée, ma manière d'agir change.

Je peux garder un cap clair sans précipiter les étapes.

Je peux laisser au réel le temps de me répondre.

Et surtout, je peux découvrir, à travers les actes eux-mêmes, les anciens mécanismes qui continuent parfois à influencer ma posture intérieure.

Ce ne sont pas nécessairement de grandes décisions spectaculaires. Ce sont parfois des démarches ordinaires, administratives, financières, relationnelles. Des choses que je n'aime pas faire et que j'aurais autrefois voulu expédier au plus vite.

Aujourd'hui, elles font partie du chemin.

Et ce chemin n'est pas terminé.

Je découvre aussi qu'il ne s'agit pas seulement de me libérer de certaines situations, mais de créer progressivement des conditions plus favorables à mon propre épanouissement et à celui des autres.

Cela ne veut pas dire prendre en charge leur bonheur, ni chercher à organiser leur vie à leur place. Au contraire, peut-être s'agit-il parfois de laisser davantage d'espace à chacun pour trouver sa propre voie.

Même dans un monde extérieur agité, parfois chaotique, je crois qu'il est possible de cultiver davantage de paix, de joie et d'harmonie, en soi et autour de soi.

En commençant là où nous sommes, à travers nos choix et nos gestes les plus ordinaires.

Comme si chaque petit acte posé en accord avec soi pouvait devenir une graine semée dans le monde.

Sans savoir exactement ce qu'elle deviendra.

Et vous ?

Quelles décisions prenez-vous — ou évitez-vous de prendre — au quotidien, parce que la peur s'en mêle ?

Et si nous pouvions aborder l'inconnu tranquillement, à petits pas, en restant attentifs à ce que le réel nous révèle ?

Coureurs sur une avenue de Lisbonne pendant le marathon, sous un ciel bleu.
Marathon de Lisbonne — octobre 2026. © Corinne Dumont